Les Misérables, de Ladj Ly

François Colcombet     

Voici un beau et même un très beau film ! Le scénario en est convaincant avec ce qu’il faut d’originalité pour éveiller l’attention et nous expliquer très clairement comment naît une émeute de banlieue. Les acteurs sont parfaits. On comprend ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Ce n’est déjà pas si courant.
Ce film réserve une autre surprise : l’exposé clair, brutal, en tout cas incontestable de l’état des banlieues françaises de très grandes villes. Et de Paris en particulier. Des décennies de laisser-faire, de négligence, d’indifférence, les ont transformées en un étrange pays : une France étrangère à elle-même.
Les structures intermédiaires, associations, communes, administrations ont été remplacées par des créations sui generis où, parmi d’autres, les islamistes occupent une place de choix. C’est près d’un islamiste, en tout cas, que l’enfant en détresse, dont la famille fait défaut, ira se réfugier. Or derrière une façade et un discours détestables, un discours qui nous paraît déraisonnable, l’islamiste aura un comportement… raisonnable. Raisonnable à l’égard de celui des policiers qui s’est adressé à lui avec modération et clarté : raisonnablement.
Nous sommes en effet tout au long de ce film avec un trio de policiers apparemment abandonnés à eux-mêmes qui patrouillent dans ce monde parallèle où la loi du pays n’est plus respectée. Eux aussi tiennent des propos et ont des gestes qui nous paraissent à tout le moins déraisonnables. Mais eux aussi sont accessibles à la raison. Et eux du moins payeront de leur personne.
La fin dramatique, d’une extraordinaire violence, laisse cependant place à une amorce de dialogue. À chacun d’imaginer la conclusion. À chacun surtout de se faire une idée de ce qu’il doit faire lui, là où il est, et quel qu’il soit.